Conférence Fiona Handyside

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Dans le cadre du séminaire de laboratoire, "axe 3 : littératures de jeunesse "


Contes de luminosité et de résistance : les filles dans le cinéma contemporain

Fiona Handyside (Université d’Exeter)

 

Conférence présentée par Delphine Letort (Le Mans Université).

 

Dans les pays riches et industrialisés (occidentaux), le féminisme est devenu une sorte de pensée dominante : Nicolas Sarkozy a lui-même réclamé la liberté des femmes comme une liberté fondamentale de la République française. A contrario, des critiques telles que Angela McRobbie et Rosalind Gill expliquent que le postféminisme a remplacé le féminisme, idéologie démodée, sans intérêt dans une société paritaire. Les médias articulent une sensibilité postféministe et expliquent aux filles que leur avenir est assuré, qu’elles peuvent profiter des possibilités qui leur sont offertes soit par la réussite scolaire, soit par le talent sportif, soit par la beauté  (et si elles échouent, c’est parce qu’elles ont fait de mauvais choix).

A l’heure actuelle, il faut repenser cette sensibilité médiatique à la lumière d’une société post-crise financière. Les mouvements autour de #metoo et #balancetonporc signalent une prise de conscience des violences sexuelles et sexistes. D’un côté, il semble que le féminisme lui-même connaîtra un troisième (voire un quatrième) souffle sous l’impulsion du ‘féminisme populaire’ ou du ‘féminisme de célébrité’, au-delà d’une culture postféministe qui prône le shopping comme solution aux problèmes de genre. D’un autre côté, on voit une misogynie populaire, pour reprendre le phrase de Sarah Banet-Weiser, instrumentaliser le féminisme pour des raisons islamophobe.

Dans ce contexte, comment les médias représentent-ils l’avenir des filles ? Les filles restent toujours ciblées par un discours de réussite, mais on voit aussi l’idée plus importante que la réussite, c’est la survie. Selon Jane Elliott, la littérature de jeunesse (The Hunger Games, The Bunker Diary) et les spectacles de télé réalité (Survivor) décrivent des situations où choisir, c’est souffrir. Le choix, prix donné aux filles par le féminisme, est devenu un devoir terrible.

Cette présentation s’intéressera aux films sortis après 2009 et donc après la crise économique. Ceux-ci expriment l’idée ancienne que la fille est une figure radieuse d’espoir féministe. Les filles restent toujours associées à la luminosité et au rayonnement, au sens figuré comme dans la mise-en-scène. Mais en opposition à cette mise-en-scène qui étincelle, on voit aussi arriver une figure féminine qui réussit parce qu’elle survit. Cette figure se retrouve aussi bien dans des films récents qui visent un grand public (Hunger Games, Frozen, Moana) et des films sorties sous la bannière de la Quinzaine de Réalisateurs, section censée ouverte aux films de tout horizon (Divines, Mustang, Bande de filles). A travers ces deux paysages cinématographiques, une fille héroïne de 21ième siècle se dessine: lumineuse et résistante.

 

 Maison de la recherche Germaine Tillion, Amphi Tillion RDC.

Le vendredi 1er mars 2019, de 14h00 à 17h00.

 

Accès libre et gratuit dans la mesure des places disponibles.

 

Poster de Bande de Filles, de Céline Sciamma (2014).© Holld-up Films & Productions/Lilies Films/Arte France Cinéma 2014. Distribué par STUDIOCANAL.