JE "Lecture croisée d’imaginaires de guerre franco-allemands"

 

Lecture croisée d’imaginaires de guerre franco-allemands

Le Mans Université : Salle Bleue de la Maison des Sciences de l’Homme, arrêt de tram Campus-Ribay ou Université

 

Cette journée d’études sera consacrée à l’analyse de textes français et allemands permettant de retracer les représentations de la guerre dans le contexte franco-allemand de la fin du XIXème et du XXème siècle. On s’intéressera plus particulièrement à la fonction de l’exil dans le contexte franco-allemand (exils forcés ou choisis) et à sa littérarisation, à l'image de l'ennemi, ainsi qu'à la construction d’un imaginaire national ou européen.

 

 

13h30 Anne Baillot (3L.AM)

Introduction : Penser les imaginaires de guerre dans la diachronie (XIXème-XXème siècles) : approches des sources textuelles

 

14h00 Sandra Chapelle (Besançon)

Imaginaire de guerre et renouvellement des représentations de l’ennemi chez les civils pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871

            À partir d’un corpus d’écrits personnels - voire intimes - de civils français, je propose une réflexion autour de la construction renouvelée d’une image de l’ennemi pendant la guerre de 1870-1871.

            En effet, la guerre semble être l’occasion d’un réinvestissement en profondeur des systèmes de représentations qui, en temps de paix, avaient contribué à l’enracinement du sentiment national dans la conscience collective. En puisant dans ce réservoir d’images et de stéréotypes déjà constitué, les civils semblent s’efforcer de rendre intelligibles les événements auxquels ils sont confrontés. À l’instar des autres peuples allemands (Badois, Bavarois, Wurtembergeois, Hessois, Saxons), que les civils français distinguent nettement dans leurs écrits, les Prussiens, auteurs « d’atrocités » (le terme est employé dès 1870) semblent cristalliser les haines, tant dans les territoires occupés que dans les territoires envahis (avec toutefois des nuances). Nous essaierons de comprendre pourquoi.

Au cours de cette intervention, il conviendra donc de tenter de montrer comment la  guerre de 1870-1871 participe, du côté des civils, à la construction d’une image renouvelée de l’ennemi ; un ennemi dont plusieurs représentations paraissent coexister, entre celles qui se contentent de donner corps à la brutalité de la guerre, et celles qui commencent à essentialiser les Prussiens dans une altérité radicale. Des représentations qui seront renforcées et entretenues, voire codifiées sous la IIIe République.

 

14h45 Pause café

 

15h15 Marie Puren (LARHA, Lyon)

Entre propagande et témoignage : l’oeuvre de Jean de La Hire pendant la Première Guerre mondiale

A la fois soldat et homme de lettres, Jean de La Hire1 (1878-1956) a fait de la Première Guerre mondiale un de ses thèmes de prédilection entre 1915 et 1918. Romancier populaire expérimenté, qui a trouvé le succès dans les feuilletons d’aventures et de science-fiction, La Hire cristallise dans son oeuvre littéraire une ambivalence manifeste, conséquence à la fois de son expérience sur le front et de l'atmosphère patriotique dans laquelle il baigne. Ses textes de 1915-1916 montrent la volonté de l’écrivain de soutenir l’Union sacrée en participant à la propagande antigermanique, en exaltant la grandeur des soldats français, et en exhortant la population - femmes et enfants compris - à résister. Avec ses feuilletons et ses romans, Il participe ainsi à cette entreprise de “banalisation de la violence”, mise en lumière par George Mosse. Toutefois, en 1918, La Hire rompt avec les romans populaires et patriotiques en écrivant un récit à la première personne, Voluptés de guerre. Ce texte aux accents réalistes, ne donne pas à lire des souvenirs au sens traditionnel du terme, mais il met en lumière les sensations et les plaisirs du soldat qu’a été La Hire. Toutefois, dans Témoins, Jean Norton Cru décrit l’auteur comme un « littérateur », qui doit « accommode[r] la guerre pour lui faire rendre des effets littéraires ». Tout au long du récit, on perçoit en effet une tension entre réalisme et fantasme, symptôme d’une certaine volonté d’exaltation, qui ne cesse de brouiller la frontière entre réalité et fiction. Dans notre intervention, nous analyserons donc comment Jean de La Hire a à la fois cristallisé dans ses écrits les topoï qui traversent la propagande française, et tenté de donner à lire un compte-rendu sans fard des combats de la Grande Guerre.

 

16h00 Katell Brestic (CIRPaLL/CEREG, Angers)

« Das Herz Europa schwer » (Fritz Kalmar). Ecrire l’exil à la croisée des imaginaires européens et sud-américains.

Nous nous proposons d’étudier la littérisation de l’expérience de l’exil autrichien en Amérique du Sud entre 1933 et 1945 à l’exemple de l’écrivain et homme de théâtre Fritz Kalmar (1911‑2008). A l’appui de ses productions littéraires (saynètes, faux journal intime) datant de son exil en Bolivie au début des années quarante et de son recueil de nouvelles publié en 1997, nous analyserons la distanciation satirique et ironique de l’auteur sur sa propre condition d’exilé et l’intégration de celle-ci dans les processus de (re)construction identitaires individuel et collectif transnationaux, notamment dans le (re)définition d’un sentiment d’appartenance spécifiquement autrichien.