Journée d’étude FAMAH avec le soutien du laboratoire 3L.AM le 03 novembre 2015

Journée d’étude FAMAH avec le soutien du laboratoire 3L.AM

Témoigner du conflit politique dans les arts : poétique, esthétique, éthique

 Organisation: Laurence Bécel, Hélène Lecossois

 

3 novembre 2015

Université du Maine, Le Mans

 

 

Cette journée d’étude se propose d’interroger les modes de transposition artistique des témoignages de conflits politiques (guerres, luttes armées, etc.). Le témoignage se situe aux confins de l’intime et du politique. Quels modes opératoires les artistes choisissent-ils pour rendre compte de cette double dimension ? Le témoin oculaire d’un conflit ne témoignera pas de la même façon qu’une personne ayant personnellement fait l’expérience du conflit. Sa parole est souvent marquée par une forme de détachement, de mise à distance. Sur scène, certains des dispositifs mis en place par Bertolt Brecht, par exemple, traduisent esthétiquement ce détachement. Quelles stratégies esthétiques, narratives, etc. adopte l’artiste créant à partir de son expérience personnelle, ou à partir de témoignages de survivants de conflits ? Giorgio Agamben évoque le dédoublement de l’homme qui témoigne de ce qu’il a vécu. Certains artistes tentent de créer au plus près du réel en confrontant le lecteur ou le spectateur à un collage de matériaux bruts. Le théâtre documentaire de la fin du 20e et du début du 21e siècles recourt fréquemment à ce procédé.

Quelles formes esthétiques donner à l’œuvre d’art qui s’élabore à partir du témoignage ? Quel(s) genre(s) les artistes affectionnent-t-ils particulièrement pour témoigner des conflits – autofiction, théâtre documentaire, poésie, etc. ? Comment mettre en mots, en espace ou en spectacle l’expérience terrifiante du rapport à l’ennemi et la négation de l’humain à travers le conflit armé ? L’œuvre d’art participe-t-elle d’une forme de réparation ? Quelle relation entretient-elle avec les formes de commémoration officielle qui répondent au devoir de mémoire ? Vient-elle les suppléer ? les supplanter ? les disqualifier ? Face au témoignage dominant imposé par les médias lors des conflits, y-a-t-il une place pour un témoignage artistique ? Cette question revêt une importance particulière pour les artistes américains confrontés à une société saturée par la parole médiatique, tels la poète Anne Waldman qui lira une sélection de ses poèmes à l’occasion de la journée d’étude.

Nous pourrons également questionner le statut même de l’œuvre d’art dont Charles Reznikoff semble aborder les limites : quand le témoignage devient-il œuvre d’art ? Les conditions de production éclipsent-elles la qualité esthétique de l’œuvre ? La confrontation de la visée artistique et de l’objectif testimonial n’est-elle pas constitutive d’une aporie, en particulier lorsque l’œuvre se fonde sur le témoignage d’autrui ?

Nous nous interrogerons aussi sur la responsabilité éthique et politique dans laquelle ce type de création artistique place le lecteur, spectateur ou auditeur. Qui a le droit de témoigner de quoi et comment ? Quel rapport l’œuvre d’art fondée sur le témoignage entretient-elle à la vérité (historique) ? Les œuvres ayant connu une réception houleuse, telles Exhibit B de l’artiste sud-africain Brett Bailey, par exemple, pourront faire l’objet d’une étude particulière.

 

Les propositions d’environ 300 mots sont à envoyer accompagnées d’une courte biographie, simultanément à : Laurence Bécel, laurence.becel @ univ-lemans.fr et Hélène Lecossois, Helene.lecossois @ univ-lemans.fr pour le 12 septembre 2015