Offre d’allocation doctorale

 

La Région des Pays de la Loire finance depuis une dizaine d’années des allocations destinées aux doctorants du territoire régional. L’accompagnement de la stratégie scientifique des laboratoires régionaux dans la thématique des sciences humaines et sociales (SHS) a été identifié comme une des priorités de la politique régionale en matière de recherche. Ainsi, depuis 2012, la Région a fait évoluer son dispositif de soutien aux allocations doctorales financées à 100% en les réservant uniquement aux laboratoires de recherche en sciences humaines et sociales, et en intégrant un financement de l’environnement de travail en plus du financement du salaire du doctorant pendant 3 ans.

 

C’est dans ce cadre que la demande d’allocation de thèse pour le sujet suivant a été retenue :

 

« Art et politique : les Afro-Américains à Los Angeles (1965-1976) »

 

La thèse portera sur les liens entre l’art et le politique tels qu’ils se traduisent dans les productions visuelles afro-américaines à Los Angeles. Les émeutes qui déchirèrent le quartier de Watts (South Central, Los Angeles) en 1965 ont été paradoxalement un catalyseur de cette production artistique. En effet, ces événements furent largement relayés par la télévision pour faire de Watts le symbole d’une crise urbaine qui a influencé les discours politiques et citoyens sur les questions raciales et économiques. Le chercheur des médias, Steve Macek, explique comment, à partir d’un tel phénomène, la télévision, s’appuyant sur des stéréotypes racistes, a pu construire une image négative du ghetto, vu comme un « paysage de peur ». L’héritage de Birth of a Nation (D.W. Griffiths, 1915), qui a donné dès le début du siècle une image à ces stéréotypes, déjà ancrés dans la littérature et la culture américaines, a été fondamentalement dans ce sens.

C’est dans un tel contexte que les artistes afro-américains de Los Angeles, à l’instar de ceux des autres grandes villes, font de leur art un mode d’expression et de contestation. Le climat tendu de la fin des années 1960 et du début des années 1970 pousse en effet les artistes à repenser leur art à des fins explicitement politiques et à soutenir la lutte pour les droits civiques, alors que le slogan « black is beautiful » permet de rassembler les populations dans une lutte collective. L’utilisation de « black » dans le langage des années 1960 marque une résistance qui définit la question culturelle de blackness. Les événements et les revendications contre la ségrégation qui se succèdent engendrent en effet une nouvelle prise de conscience de la culture noire américaine. Dans la thèse intitulée Art et politique : les Afro-Américains à Los Angeles (1965-1976), le doctorant envisagera les différentes formes artistiques auxquelles cet arrière-plan politique a pu donner naissance.

Au cinéma, par exemple, le film de Melvin Van Peebles Sweet Sweetback’s Baadassss Song (1971) a fait l’objet de nombreuses études en tant que précurseur de la blaxploitation (Chauvin, 2004 ; Letort 2009) ; Van Peebles redéfinit le film d’action en relatant les aventures d’un protagoniste noir hors norme. Mais c’est en marge de Hollywood et de la blaxploitation qu’a émergée cette vague de réalisateurs indépendants, formés par le Theatre and Art Department de l’Université de Californie (UCLA), plus connus sous le nom de « L.A. Rebellion » : Haile Gerima, Ntongela Masilela, Larry Clark, Billy Woodberry, Alile Sharon Larkin, Julie Dash, Zeinabu Irene Davis, Charles Burnett, et quelques autres. Le travail ultérieur de ces réalisateurs a suscité quelques travaux, mais ils n’ont jamais été pensés ensemble. Tous sont issus de la même école, mais le cursus qu’ils ont suivi n’a jamais attiré l’attention des chercheurs. Le doctorant aura pour mission de chercher dans les archives de UCLA (UCLA Films and Television Archives) les documents qui permettent de retracer une généalogie de leur pratique, notamment au niveau de la formation qu’ils ont suivie. Le doctorant pourra également suivre le parcours des artistes visuels du Sud de la Californie qui ont développé un langage esthétique reflétant l’environnement de la Côte Ouest tout en explorant des approches artistiques différentes, comme l’assemblage, la performance, l’installation, le pop art... Plusieurs artistes noirs de renom commencèrent leur carrière dans la région de Los Angeles, ce que recense parfaitement l’exposition Now Dig This! Art and Black Los Angeles 1960–1980 qui eut lieu en 2013 au Musée d’Art Moderne de New-York (MoMA PS1) ; parmi eux Melvin Edwards, David Hammons, Raymond Saunders, Charles White, John Outterbridge, ou encore Betye Saar. Ils faisaient partie d’un réseau impliquant des universitaires, des artistes mainstream, des galeristes ou encore des commissaires d’exposition. Samella Lewis, historienne de l’art, a écrit ainsi un certain nombre d’ouvrages qui ont permis d’établir des critères pour archiver et analyser les travaux des artistes afro-américains de l’époque. Le doctorant pourra aller consulter les archives du Musée d’arts afro-américains de Los Angeles (Museum of African American Art).

Le doctorant s’attachera à explorer les tentatives des cinéastes pour mettre fin à la discrimination dans l’industrie cinématographique et celles des artistes noirs pour s’intégrer dans une ville dont la scène artistique et culturelle locale commence à prendre en compte une population largement multiculturelle. Il tentera de déterminer les réalités politiques qui ont pu générer de nouvelles formes d’expression artistique et culturelle, la place octroyée à la communauté afro-américaine ainsi que l’espace d’expression dans lequel cette dernière a pu s’inscrire, et de documenter la signification sociale et politique des productions artistiques afro-américaines à Los Angeles. Il pourra ainsi établir, en même temps que l’émergence d’une politisation de la culture noire, un mouvement régional noir ; il se demandera comment les travaux des plasticiens et cinéastes se situent aux cotés des écrivains et musiciens noirs. L’une des principales questions de l’art et de l’identité culturelle afro-américaine tourne par exemple autour de la couleur noire, couleur de l’épiderme et empreinte négative de la couleur blanche. Le doctorant s’attachera à mieux définir cet art critique constitutif d’une identité visuelle noire comme moyen de contester le racisme de l’Amérique « blanche ». Cette réflexion sur la problématique de la couleur engage des critères sociaux, historiques, culturels et biologiques rattachée à la scène artistique de Los Angeles, qu’il faudra prendre en compte pour comprendre comment le racisme conditionne inévitablement le regard que les artistes ont pu porter sur eux-mêmes. Une approche civilisationniste permettra au doctorant de cerner ce mouvement, non seulement le contexte d’un militantisme culturel pour une certaine autonomie artistique mais aussi le rôle de la classe ouvrière noire, des nationalistes noirs et des élus locaux. Le Black Arts Movement de Los Angeles et plus généralement de la Californie du Sud était-il une filière artistique du Black Power local ? L’arrière-plan culturel lui permettra d’affiner la lecture politique des œuvres étudiées ; les réalisateurs et plasticiens ont souvent souligné la démarche politique qui les animait et qu’ils se sont efforcés de retranscrire à travers un style qui leur était propre. Le doctorant s’attachera donc à mettre en lumière les liens fondamentaux entre culture d’expression et lutte politique et de contribuer ainsi à établir une histoire de Los Angeles qui intègre radicalisme noir et art d’avant-garde.

Cette thèse est envisagée dans le cadre d’une co-direction scientifique : Eliane Elmaleh, Professeur spécialiste de l’art américain et Delphine Letort, HDR en études américaines et filmiques. Le doctorant sera inscrit au laboratoire 3L.AM, EA 4335 (http://3lam.univ-lemans.fr/fr/index.html). Le candidat devra fournir les éléments suivants : lettre de motivation, CV et relevés de notes de M1 et M2 avant le 10 juin à Eliane.Elmaleh @ univ-lemans.fr et Delphine.Letort @ univ-lemans.fr  Les candidats sélectionnés seront auditionnés avant la fin du mois de juin. Pour toute précision complémentaire, contacter Mme Elmaleh et Mme Letort aux adresses indiquées ci-dessus.