Séminaire de laboratoire

Séminaire de laboratoire, axe : traces, mutations, interactions
Salle 105 - UFR Lettres, bâtiment enseignement
Le Mans Université, de 14h-17h

 

organisé par Anne-Rachel HERMETET (Université d’Angers) & Reza MIR-SAMII (Université du Mans)

 

Ce séminaire regroupe deux interventions qui, de façons différentes et complémentaires, quant aux problématiques de l’axe 1, traitent des « sujets » à travers des langues et sociétés.

 

 

Caroline CUNILL (Université du Mans) : La langue en partage chez le sujet colonial : adaptations linguistiques entre Mayas et Espagnols

 

Cette présentation prendra pour objet les adaptations linguistiques auxquelles donnèrent lieu les contacts entre les Mayas et les Espagnols dans la péninsule du Yucatan à partir de la conquête. Nous souhaiterions montrer que le contexte colonial obligea les peuples autochtones à « partager » leurs langues avec les colons et, en particulier, avec les religieux chargés de leur évangélisation. Or, même s’il est évident que l’asymétrie prima dans les relations entre ces deux groupes, il n’en reste pas moins qu’un dialogue et que des mécanismes de négociation s’engagèrent dans le but d’adapter la langue maya yucatèque aux besoins du colonisateur, aussi bien dans le domaine religieux que politique. Par conséquent, il nous semble essentiel non seulement de caractériser le projet linguistique porté par les religieux et, plus largement par la Couronne espagnole, mais aussi d’identifier les sujets, Indiens et Espagnols, qui y participèrent dans le but de mieux comprendre le rôle qu’ils jouèrent dans les processus d’adaptation que subit la langue maya yucatèque au XVIe siècle. Pour mener à bien une telle étude, nous disposons non seulement de matériel linguistique produit par les religieux et leurs informateurs mayas (dictionnaires, traductions, etc.), mais aussi de témoignages de ces derniers portant sur la nature et le sens de leur travail.

 

 

Jean CRUCHET (Université du Mans) :Sujet anthropologique et sujet de la langue : du français médiéval au français contemporain

 

Paul Zumthor, dans La mesure du monde (1995), décrivait la brusque modification, à la fin du moyen âge, du rapport du sujet à son environnement, l’assimilant à une dé-symbolisation, une « dépersonnalisation » de l’espace. Dans une perspective analogue, Ivan Illich parlait dans La perte des sens (2004, posthume) d’une rupture entre le sujet et le monde, où le second cesse d’être vécu comme une continuité du premier. Il situait les moments décisifs de cette rupture entre le 12ème et le 14ème siècle. Notre exposé aura pour but de montrer en quoi certaines modifications structurelles profondes de la langue française, observées par de nombreux linguistes et s’amorçant dès le moyen âge, semblent faire écho à cette transformation du sujet. Nous ferons le parallèle entre cette transformation et l’instauration progressive d’une hiérarchie catégorielle de plus en plus nette, redessinant la structure du système de la langue française sur la base d’une opposition entre partie du discours prédicatives (nom, verbe, adjectif, adverbe) et non-prédicatives (pronom, article, préposition, conjonction). Nous porterons une attention soutenue à trois sous-système déictiques — les possessifs, les démonstratifs et les pronoms personnels — qui ont reproduit cette opposition à leur échelle, et qui se situent au fondement de la subjectivité langagière en français.

 

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