Soutenance de thèse de doctorat de M. Javier Rodriguez Hidalgo

 

Résumé de la thèse :

 

La période 1890-1936 a été une source de bouleversements dans l'histoire de l'Espagne. Aux événements politiques, il faut ajouter les transformations radicales qui constituent le lot commun de la mise en place des sociétés modernes : industrialisation de la production, nouvelles habitudes de consommation, une mobilité sociale plus grande, etc. La littérature n'est pas restée en marge de ces changements et, à côté de positions plutôt conciliantes avec cette évolution, il y a eu des attitudes plus critiques envers la modernisation. Du repli sur la « tour d'ivoire » prôné par les modernistes à la méfiance (d'un point de vue écologique) envers les dégâts provoqués par l'industrie, de nombreuses critiques se sont exprimées sur ce moment de l'histoire.

Ce qui va nous intéresser ici ne sera pas la critique réactionnaire de tout ce qui constitue un changement par rapport à un passé prétendument stable et immuable mais la réflexion sur les possibilités et les limites de la modernisation du monde, c'est-à-dire l'analyse d'œuvres littéraires capables d'épingler les aspects les plus nuisibles de ce processus sans en négliger pour autant les plus bénéfiques.

On étudiera donc les catégories suivantes : la nostalgie du monde d'hier, non en tant que volonté d'un impossible retour en arrière mais en tant que reconnaissance d'une société disparue ; le refuge dans la tour d'ivoire, loin de ce que ces auteurs considèrent comme la laideur du monde industriel et moderne ; la marchandisation des rapports humains d'une manière parallèle à l'avancée de la mécanisation ; l'ambivalence du progrès, qui peut être à la fois un facteur d'amélioration de la vie humaine et une source de dégradation ; et la configuration par la technique d'un homme nouveau qui doit s'adapter à elle.

Cette critique de la modernité en Espagne fait partie d'un mouvement plus vaste dans le domaine des idées philosophiques et littéraires, ce qui montre bien que, contrairement à ce qu'on croit souvent, l'Espagne n'a pas été une anomalie par rapport aux débats du temps. En effet, cette inquiétude était généralisée dans l'Europe occidentale de la période.

Il faut signaler qu'il n'existe aucune monographie sur ce sujet et que les rares études, comme celles de Lily Litvak et Juan Cano Ballesta, présentent de nombreuses lacunes que ce travail va essayer de combler.

D'ailleurs, notre étude portera sur l'énonciation d'une telle critique dans le cadre d'un texte littéraire : qui l'énonce, quels sont les arguments qu'on pourrait lui opposer, en quoi l'auteur est capable de réfléchir sur sa propre position