Langues, litteratures, linguistique des universités d'Angers et du Mans

Colloque international "Décoloniser les mémoires de l'esclavage"Université des Antilles et Le Mans Université

COLLOQUE INTERNATIONAL
Université des Antilles et Le Mans Université
7 – 8 – 9 décembre 2021
Schoelcher, Martinique
« Décoloniser les mémoires de l’esclavage »


Invité d’honneur
Achille Mbembe

 

Appel à communications

La question des discriminations et du racisme est plus que jamais au coeur des débats aujourd’hui en Europe, en Amérique et en Afrique. Le meurtre de George Floyd par des policiers de Minneapolis a révélé de nouveau et de manière brutale les conséquences mortifères d’un racisme structurel contesté par le mouvement « Black Lives Matter ». Des manifestations ont suivi pour exiger une nécessaire relecture de l’Histoire à travers ses symboles, des statues représentant des figures historiques qui avaient un lien avec l’Histoire de l’esclavage aux États-Unis, au Canada, en Grande Bretagne, en France, en Martinique, en Guadeloupe, à Barbade, à Trinidad-et-Tobago, à la Réunion, en Afrique du Sud ou au Sénégal. Il devient alors manifeste que le poids du passé écrase encore le présent, que les idéologies et les préjugés sont toujours transmis à travers le temps et les générations et perpétués par des groupuscules comme le Ku Klux Klan. Malgré toutes ces luttes qui ont abouti à l’abolition de l’esclavage, malgré les revendications pour les droits civiques et les Droits humains, les oppressions intersectionnelles persistent et le combat pour l’égalité et la justice doit se poursuivre. Le travail de mémoire a été mis en place mais la question fondamentale est de savoir s’il permet de changer les sociétés et de faire avancer les esprits vers plus d’équité et de respect de l’être humain quelle que soit sa couleur de peau. C’est ce qu’exprime Achille Mbembe qui souscrit pleinement au projet de montée en humanité prôné par Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs. Dans l’épilogue de sa Critique de la raison nègre, Mbembe nous invite à mettre en commun nos différences, à élargir nos conceptions de la justice et de la responsabilité, et à nous défaire du fardeau de la race. « Il n’y a qu’un seul monde » affirme Mbembe, «l’on aura beau ériger des frontières, construire des murs et des enclos, diviser, classifier, hiérarchiser, chercher à retrancher de l’humanité ceux et celles que l’on aura rabaissés, que l’on méprise ou encore qui ne nous ressemblent pas, ou avec lesquels nous pensons que nous ne nous entendrons jamais. Il n’y a qu’un seul monde et nous en sommes tous des ayants droit » (2013: 260-262).
Ce colloque nous invite en effet à envisager cette montée collective en humanité au prisme des créations littéraires, artistiques et socioculturelles qu’il s’agira d’explorer afin de repenser les espaces mémoriels et les représentations des lieux du trauma. Il propose d’aborder la manière dont les mémoires de l’esclavage pourraient être formulées et représentées différemment dans le présent afin de décoloniser les esprits et les mentalités. A titre d’exemple, ce désir de décolonisation culturelle et de changement se manifeste par l’utilisation consciente d’un vocable nouveau dans la langue anglaise. En effet, il est primordial de rompre avec l’esprit de la colonisation qui a réduit l’individu à une marchandise dans les comptes du commerce triangulaire. Il s’agit de changer la manière dont se conçoit l’asservissement de l’autre dans les esprits en utilisant des mots qui attirent l’attention sur les personnes (enslaved) dont le droit à la liberté est retiré par un système qui déshumanise (enslavement) plutôt que sur un statut (slave). L’action des propriétaires d’esclaves est également mise en lumière par le vocable enslaver employé à la place de celui de master. S’il est vrai que la traduction du terme enslaved en français (esclavisé) commence à être utilisé en France dans les recherches les plus récentes sur l’esclavage, comment ce glissement sémantique s’applique-t-il véritablement en français ou dans d’autres langues comme l’espagnol? Décoloniser les mémoires de l’esclavage consisterait en effet à modifier le cadre terminologique donné tout autant que les modes de penser le passé et la place des individus dans l’Histoire.
Comment les arts et la littérature participent-ils à changer la manière dont est représenté et commémoré le passé de l’esclavage? Quelles techniques narratives ou picturales permettent de repenser les dynamiques de pouvoir qui ont produit une culture hégémonique laissant peu de place à l’humanité de l’Autre? Comment mettre en exergue les complexités des espaces mémoriels et les lieux du trauma pour poursuivre le processus de décolonisation culturelle? Comment décoloniser les mémoires à l’ère d’Internet et de la puissance des réseaux sociaux? Comment opérer un devoir de mémoire à travers les nombreux médias qui ne sont réactifs qu’à l’immédiateté? Notre réflexion devra examiner comment les écrivains et les artistes de manière générale réinventent le langage et l’image afin de recouvrer la subjectivité des êtres humains qui furent les prisonniers des systèmes du commerce triangulaire et de l’esclavage. Les propositions de communications pourront porter sur les possibilités de reformulations des mémoires de l’esclavage à travers les productions littéraires et artistiques, mais également sur le pouvoir des commémorations ayant suivi l’adoption de la loi Taubira (23 mai 2001) qui reconnaissait la traite et l’esclavage comme « crimes contre l’humanité ». Comment les intellectuels s’expriment-ils en rapport avec l’article 2 de la loi Taubira qui affirme: « Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquence qu’ils méritent » ? Ce colloque invite les intervenants à analyser comment le passé de l’esclavage peut devenir l’objet d’une mémoire commune au-delà des récits de l’abolition.



Comité d’organisation:
Myriam Moïse
Dominique Aurélia
Delphine Letort
Benaouda Lebdai

Comité scientifique:
Dominique Aurelia (U. des Antilles)
Dimitri Béchacq (CNRS)
Bjorn Enge Bertelsen (U. Bergen, Norvège)
Myriam Cottias (CNRS)
Eliane Elmaleh (U. Le Mans)
Benaouda Lebdai (U. Le Mans)
Christa Maria Lerm-Hayes (U. Amsterdam, Pays Bas)
Delphine Letort (U. Le Mans)
Christelle Lozère (U. des Antilles)
Myriam Moïse (U. des Antilles)
Consuelo Naranjo Orovio (Instituto de Historia, CSIC, Madrid)
Sara Perry (Museum of Archeology, Londres)
Jean-Pierre Sainton (U. des Antilles)
Paula Mota Santos (U. Fernando Pessoa, Porto, Portugal)


Les propositions de communications (env. 350 mots) + bio-biblio (env. 150 mots) sont à envoyer au plus tard le 30 mars 2021 aux deux adresses suivantes :


Myriam Moïse : myriam.moise@fulbrightmail.org
&
Benaouda Lebdai: benaouda.lebdai@gmail.com

 

 

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INTERNATIONAL CONFERENCE
Université des Antilles et Le Mans Université
December, 7 – 8 – 9, 2021
at Schoelcher, Martinique
« Decolonising the Memories of Enslavement »


Guest of Honour
Achille Mbembe


Call for Papers

The issues of discrimination and racism are more than ever at the heart of today’s debates in Europe, America and Africa. The killing of Georges Floyd by police officers in Minneapolis has once again and in an abrupt way revealed the deadly consequences of structural racism questioned by the « Black Lives Matter » movement. Demonstrations were organised to demand a re-reading of History through such symbols as statues representing historical figures with a link to the past of slavery in America, Canada, Great Britain, France, Martinique, Guadeloupe, Barbados, Trinidad and Tobago, Reunion Island, South Africa or Senegal. Hence, it becomes obvious that the weight of the past still overwhelms the present, that ideologies and prejudices are still passed down through time and generations and still maintained by racialist groups like the Ku Klux Klan. Despite all the struggles which led to the abolition of slavery, despite the fights for Civil Rights and Human Rights, intersectional oppressions remain and the struggle for equality and justice must continue. The work of memory has been carried forward but the fundamental question is to know whether it succeeds in changing societies and pushing mentalities towards more equity and respect for human beings whatever their skin colour. This is precisely what Achille Mbembe expresses as he fully advocates for Fanon’s proposal for a rise of humanity in Black Skin, White Masks. In the epilogue to his Critique of Black Reason, Mbembe invites us to connect our differences, to expand our conceptions of justice and responsibility, and to let go of the burden of race. “There is only one world” Mbembe states, “in such conditions we create borders, build walls and fences, divide, classify, and make hierarchies. We try to exclude—from humanity itself— those who have been degraded, those whom we look down on or who do not look like us, those with whom we imagine never being able to get along. But there is only one world. We are all part of it, and we all have a right to it” (2017: 179-182).
This conference invites contributors to envision this collective rise of humanity through the lenses of literary, artistic and sociocultural creations which will be explored in order to reconsider memorial spaces and the representations of traumatic sites. It proposes to address how the memories of slavery should be expressed and represented differently in the present day in order to decolonise minds and mentalities. This desire for decolonising culture transforms the English language and promotes self-conscious terms. Indeed, it is paramount to break with the colonial spirit which turned human beings into commodities in the accounts of the slave trade. One needs to change how the enslavement of the other is conceived in the minds by using terms which focus attention on the person (enslaved) whose right to freedom is withdrawn by a dehumanising system (enslavement) rather than on a status (slave). The agency of slave owners is also foregrounded by the term enslaver instead of master. While the translation of enslaved in French (esclavisé) is progressively used in most recent scholarship on enslavement in France, one may interrogate the extent to which this semantic shift is actually applied in French and in other languages such as Spanish. Decolonising the memories of enslavement would indeed consist in modifying accepted terminology as well as modes of thinking about the past and the place of individuals in History.
How do literature and the arts participate in changing the representations and commemorations of the past of enslavement? Which narrative or pictorial techniques can produce a rethinking of the dynamics of power and of a hegemonic culture which leaves very little space for the humanity of the ‘Other’? How do we highlight the complexities of memorial spaces and sites of trauma to pursue the process of cultural decolonising? How do we decolonise memories in the times of Internet and social networks? How do we undertake a duty of memory through the numerous media which are only reactive to immediacy? Our critical analysis should examine how writers and artists reinvent language and imagery in order to recover the subjectivity of human beings who were prisoners of the triangular trade system and enslavement. Paper proposals will address the possibilities of reinventing enslavement narratives through literary and artistic productions, but also the power of commemorations following the adoption of the Taubira law (May 23rd, 2001) which officially declared both the slave trade and enslavement as “crimes against humanity”. How do academics respond to Article 2 of Taubira law which states that “Academic and research programmes in History and Human Sciences will grant the slave trade and the history of enslavement the place they deserve”? This conference invites participants to analyse how the past of enslavement can become the subject a shared memory beyond the stories of abolition.


Organising Committee:
Myriam Moïse
Dominique Aurélia
Delphine Letort
Benaouda Lebdai


Scientific Committee:
Dominique Aurelia (U. des Antilles)
Dimitri Béchacq (CNRS)
Bjorn Enge Bertelsen (U. Bergen, Norway)
Myriam Cottias (CNRS)
Eliane Elmaleh (U. Le Mans)
Benaouda Lebdai (U. Le Mans)
Christa Maria Lerm-Hayes (U. Amsterdam, Netherlands)
Delphine Letort (U. Le Mans)
Christelle Lozère (U. des Antilles)
Myriam Moïse (U. des Antilles)
Consuelo Naranjo Orovio (Instituto de Historia, CSIC, Madrid)
Sara Perry (Museum of Archeology, London)
Jean-Pierre Sainton (U. des Antilles)
Paula Mota Santos (U. Fernando Pessoa, Porto, Portugal)

Proposals for papers (+/- 350 words) + bio-biblio (+/- 150 words) should be submitted by email before March 30th 2021 to both:


Myriam Moïse: myriam.moise@fulbrightmail.org
&
Benaouda Lebdai: benaouda.lebdai @ gmail.com