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Axe 3 : Cultures de jeunesse en mouvement : pratiques, productions, réception

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Axe 3 : Cultures de jeunesse en mouvement : pratiques, productions, réception

Le mouvement est la forme d’existence de la jeunesse. Le jeune ou l’enfant s’apparente par définition à un être en devenir. Il apprend et tend vers l’adulte ; il s’éduque, s’efforce de sortir de sa minorité, et pour ce faire, se constitue une culture.

A priori celle-ci, entendue d’un simple point de vue épistémique, doit s’entendre comme l’acquisition (Edward Tylor) d’un savoir-faire, de valeurs, de coutumes ou d’une connaissance établis et ne saurait venir du jeune lui-même. Ce dernier n’est là que pour la recevoir, l’acquérir, la recueillir. Or le mouvement peut aussi être entendu comme un mode de différenciation et de distinction. Le goût des uns ne saurait être toujours le goût des autres. Quelle peut être cette culture juvénile ? Comment se constitue-t-elle ? Comment se distingue-t-elle ? Comment se reconnaît-elle ?  

 

Le premier problème tient à sa singularité même. Que signifie une culture juvénile si la notion même de jeunesse est plurielle : le jeune enfant n’est pas l’adolescent qui n’est pas l’adulescent. Mais plus encore cette culture est mouvante - pour différentes raisons bien étudiées par les sociologues - et les découpages classiques en tranches générationnelles deviennent de moins en moins opératoires. On peut notamment avoir des strates infra-générationnelles, liées par exemple à un usage précis de tel ou tel référent culturel emblématique. En outre, avoir 15 ans et être une fille n'engage pas de la même manière qu’avoir 15 ans et être un garçon, quant aux choix en matière de pratiques culturelles.  

 

Ainsi, comme il y a des jeunesses, il y a des cultures juvéniles, relatives aux âges, aux genres, aux classes sociales, aux aires et même aux zones géographiques, relatives aux degrés de technologie ou aux des époques.  

Mais la culture juvénile ne doit pas être considérée du seul point de vue de la réception et de l’acquisition, mais aussi du point de vue des pratiques. En ce sens, la culture juvénile désigne autant une production à destination des jeunes qu’une production, au sens large de représentation, issue de la jeunesse elle-même : soit pratiques pour les jeunes d’une part, soit pratiques des jeunes, d’autre part. 

Une telle caractérisation des cultures juvéniles suppose évidemment une approche et une réflexion pluridisciplinaires et comparatistes des cultures de l’enfance et de la jeunesse. Elle implique aussi bien la littérature, avec sa variété problématique (poétique des personnages, rôle de l’image, question des moralités, de l’imaginaire, des supports) que l’histoire, les arts visuels (cinéma, photographie), les arts du spectacle (théâtre, musique), la linguistique, la sociologie, le droit, la philosophie, les sciences de l’éducation, les sciences de l’information et de la communication, la musicologie…  

 

Il faut souligner que ces pratiques culturelles juvéniles ont connu à l’époque moderne un nombre conséquent de mutations : évolutions sociales, évolution philosophique (statut de l’enfant, valeur de sa parole, de son témoignage, valorisation de ses goûts), mutations des thèmes (pédagogiques, moraux, esthétiques), des supports (livres, jeux traditionnels, jeux numériques, dessins animés, etc.), des champs et des moyens de diffusion, des modes de réception (élargissement du lectorat, autonomisation du lecteur, modification des prescripteurs). Pour exemple, on peut interroger l’importance neuve de la culture numérique et son influence : en quoi la numérisation des contenus culturels, dominée par le multiculturel, par le réseau et par le ludique, a-t-elle modifié les rapports à la culture ?

Il s’agit de se questionner encore sur la manière dont les pratiques culturelles pour/de la jeunesse changent, mutent, se retournent, varient, intègrent de nouveaux champs, de nouvelles perspectives, de nouveaux supports, de nouveaux publics. Les mutations qui se réalisent à des époques distinctes sont-elles historiquement comparables ? (cf. la révolution éditoriale de Hetzel et la révolution numérique moderne ?) Comment rapprocher ces mutations culturelles des mutations historiques et politiques qui les accompagnent ? 

Aussi faut-il valoriser des perspectives diachroniques et repenser, par exemple, une histoire de l’image, du texte et du jeu (sans exclure d’autres thèmes proches, comme la fête) et de leurs relations : étude, observation et analyse des patrimoines anciens (le conte, la mémoire orale et collective, les archives, la muséographie folklorique et autres), réflexion et théorisation des notions de récritures, d’emprunts, de traduction, de résistance, de rémanence. Ou mettre en avant une réflexion anthropologique sur la jeunesse, la représentation de l’enfant à différentes époques, dans différentes aires culturelles, la valeur de son témoignage (auteur, sujet politique, victime). 

 

Il s’agit enfin d’envisager la manière dont les pratiques culturelles pour/de la jeunesse sont perçues et produites. Quels sont les enjeux sociaux de ces pratiques ? Quels rapports entretiennent-elles avec les cultures adultes, avec la tradition classique, avec la culture académique ou scolaire, avec la Culture ? Quelles valeurs portent-elles ? À quelle aune évaluer celles-ci ? Sont-ce seulement des rapports de distinction ou de rupture ? 

Que reste-t-il de cette culture juvénile dans les goûts et les intelligences de l’adulte ? Quelles sont ses résurgences dans la Culture entendue au sens classique ?  
La diversité des domaines de spécialités des enseignants-chercheurs du 3L.AM permet d’envisager une étude comparée des pratiques et des évolutions, qui ne se font pas sur une même durée, à un même rythme, ni selon la même évolution historique et sociale.

 

Les projets en cours devront permettre de consolider nos acquis et de donner un nouvel élan à ces recherches individuelles et collectives sur l’enfance : 

  • le projet ANR P-RECICH Reading Europe : Contemporary Issues in Comparative and Historical Perspectives, qui inclut une approche des pratiques de lecture des jeunes européens du XVIIIème au XXIème siècles.
  • le programme régional EcoLitt (Ecologie et Littérature), auquel le 3L.AM est associé comme partenaire principal et comme pilote de l’axe « Ecolije » (Ecologie et Littérature de jeunesse) qui se concentre sur la manière dont l’écocritique peut être ressentie/exposée aux/par les enfants.
  • le programme EnJeu(x) dont l’axe 3 « Cultures, imaginaires, médiation » s’intéresse aux pratiques contemporaines de lecture des jeunes. 

Ainsi que deux projets agréés par l’USR Ange Guépin, de Nantes : 

  • le projet DILUTE (DIspositifs de Lecture et d’Usages des Textes pour l’Éducation) qui est centré sur les spécificités de la lecture et des usages éducatifs des textes à l’ère du numérique (avec utilisation d’un prototype de lecture).
  • le projet FAMAH (La Fabrique de la Mémoire : Art et Histoire) qui, dans une perspective diachronique, cherche à envisager la « construction du citoyen » par les artefacts de la mémoire. 
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