AUROY Vanessa

 

THÈSE : Une autre narration de la Guerre Civile espagnole et du franquisme ou comment et pourquoi la fiction s'empare de la matière historique.

 

Début le 21/10/2013

 

Sous la direction de Roselyne MOGIN-MARTIN, en co-direction avec Juan Andrés BLANCO RODRIGUEZ, université de Salamanque.

 

En 2007, l'auteur espagnol Isaac Rosa publie un ouvrage intitulé ¡ Otra maldita novela sobre la guerra civil !Ce titre à lui seul pourrait exprimer une possible irritation d’un certain nombre de lecteurs espagnols qui voient, ces dernières années, les thématiques littéraires évoquées habituellement s’amenuiser au profit des œuvres ancrées dans le contexte de la Guerre Civile qui a si durement frappé le pays entre 1936 et 1939, ou dans une moindre mesure, qui se déroulent durant le franquisme. En effet, les œuvres littéraires inscrites dans ces contextes historiques commencent à être écrites à la fin du régime franquiste quand elles ne sont plus soumises à la censure intensive du régime dictatorial. Mais, même si les années 80, 90 produisent des œuvres évocatrices de cette période (Luna de lobos de Julio Llamazares ou La plaza del diamante de Mercé Rodoreda par exemple), elles s'attachent plus particulièrement à évoquer les conditions de vie précaires et difficiles des personnages, sans accuser pour autant un camp ou l'autre ni remettre en cause le régime. Il faudra attendre la fin des années 90, qui a vu l'ouverture aux historiens et autres chercheurs amateurs des archives nationales concernant le conflit ; puis, la multiplication des débats sur la mémoire historique dans les années 2000 (qui se soldera par la publication d'une loi en 2007) pour que la littérature s'empare massivement de ce thème controversé. C'est alors que les générations des enfants et surtout celle des petits-enfants des personnes ayant lutté durant la Guerre Civile et vécu sous le Franquisme se mettent à écrire et à produire des films.

Les romans, les essais ou les films inspirés ou non de faits ou de personnages réels deviennent le meilleur moyen de raconter ce qui s’est passé dans la péninsule. Cette nouvelle forme de narration s’éloigne des récits apportés par les témoignages des acteurs directs du conflit. L’exposition des évènements ne se voudrait plus un plaidoyer pour un camp ou l’autre mais plutôt une tentative d’explication et de compréhension de l’engagement dans l’un ou l’autre camp, tout en faisant connaître au grand public certains des protagonistes. Ainsi, Dulce Chacón dans son œuvre La voz dormida réactualise le mythe des femmes combattantes ; Carlos Fonseca narre la vie héroïque de femmes résistantes dans Las Trece Rosas qui sera rapidement adapté au cinéma avec succès ; Elsa Osorio, auteure argentine se prend de passion pour la vie d’une militante poumiste, Mika Etchebéhère, et utilise les mémoires de cette dernière pour rédiger son livre La Capitana ou encore le réalisateur anglais Ken Loach expose à l’international cette guerre civile grâce à son film Land and Freedom ; enfin Manuel Vázquez Montalbán écrit une autobiographie du Général Franco.

Toutes ces œuvres de fiction pure ou inspirées de faits réels sont autant de témoignages différents de la Guerre Civile et du Franquisme. Pourtant, il semblerait que lorsqu’une œuvre romancée se trouve ancrée dans un contexte historique déterminant et incontournable pour l’Histoire d’un pays, le romancier, le réalisateur ou l’essayiste se voit contraint d’expliquer sa démarche et parfois même d’accompagner son œuvre, bien que fictionnelle, d’une bibliographie digne d’un doctorat. Les historiens, maîtres incontestés et incontestables de la méthodologie à employer pour décrire ou expliquer les évènements historiques voient souvent d’un œil inquiet ce genre d’entreprise, craignant le contresens, l’apparition de mythes ou peut-être le détournement d’idées. L’inquiétude s’amplifie quand l’Histoire est à la base d’un scénario et permet à un film ou une série d’accéder aux premières places du box-office.

Alors, quel est exactement le but de ces écrivains ou réalisateurs ? Pourquoi ont-ils décidé d’ancrer leurs œuvres dans un contexte historique aussi marqué, au risque d'être soumis à une forte critique ? Pourquoi avoir privilégié une forme plutôt qu'une autre ? Quelle a été la démarche de ces amateurs d’Histoire mais souvent non professionnels dans le domaine ? Existe-t-il d’autres témoignages sous d’autres formes ? Enfin et surtout, quelle vision nouvelle ces témoignages nous apportent-ils de l’Histoire ? Celle-ci serait-elle ainsi manipulée ?

Autant de questions intéressantes et en suspens auxquelles nous tenterons de répondre dans notre thèse.