DIOUF Abdourahmane (abdouljuf @ hotmail.com)

 

THÈSE : Politique et Esthétique dans l’œuvre de John Steinbeck

 

Début en 2013

 

Sous la direction de Rédouane Abouddahab

Dans le champ actuel des études littéraires, étudier la question de la politique et de l’esthétique semble bien pertinente, dans la mesure où l'approche esthétique constitue un des efforts exceptionnels de la recherche. Nous avons souhaité analyser ces deux concepts dans l’ouvrage de Steinbeck en général. De prime abord, la question qui hante notre réflexion est d’envisager les rapports entre « littérature et politique ». Ce couple suppose la volonté de faire jouer un rôle à  la littérature pour renforcer une position donnée dans  une circonstance particulière des luttes politiques. Mais il apparaît que les intentions ne sont pas plus constatées en politique qu’en littérature. Pour que cette volonté soit plus qu’une intention, il faut donc qu’elle se réalise. Et elle le fait  sous la forme d’une combinaison des politiques de la littérature. Ainsi l’on voit, chez Steinbeck, l’entrelacement de deux politiques de la littérature : l’une qui dispose les signes d’une texture du monde à déchiffrer, au profit supposé d’une force subjective pour changer le monde ; l’autre qui dispose le jeu des intensités du monde, en ce qu’il excède toute interprétation rationnelle et toute saisie subjective unifiante.  En d'autres termes, Steinbeck tente, d’un côté,  de cumuler les deux, de faire l’exposition même de la faillite des subjectivités et du sens à l’exigence d’un sens et d’une subjectivation révolutionnaire. De l’autre, l’égalitarisme ou l’anarchisme littéraire reprennent à leur compte les intensités que la littérature politique voudrait convertir en processus pédagogique. Autrement dit, l’auteur combine d’une part, un sens dans lequel une personne se veut le porte-parole d’un ou plusieurs autres personnes, et d’autre part un sens qu’on pourrait appeler esthétique, où le sujet offre une certaine image de la réalité. Steinbeck tient la balance égale entre la ligne droite du militant et les lignes erratiques des subjectivités absorbées dans le Léviathan capitaliste. Cette façon d’utiliser la littérature pourrait être considérée comme un art bien plus soumis à la logique représentative de la démonstration où l'auteur met en évidence les conséquences de ses idées, cela correspond bien à « l’engagement littéraire ».

Bien entendu, l’œuvre de Steinbeck apporte à son tour une lumière singulière à l’élucidation de cette pensée. L'auteur expose une narration des faits dans lesquels les personnages interviennent ainsi que leurs actions tout en soulignant la complexité de leur nature construite sur une histoire personnelle chaotique et des expériences douloureuses qui expliquent l’ambiguïté de leurs réactions dans l’engagement ou l’adversité. Tout cela dans un dessein de changement. Cette vision manichéenne chez Steinbeck nous rapproche de l’équilibrisme de Brecht, pour qui «l'exigence d'un artiste ou poète ne peut avoir qu'un sens et ne répond qu’à une nécessité: transformer le monde, c'est-à-dire «le rendre visible, en créant la référence par des modèles littéraires qui produisent une relation au monde extra-linguistique[1] ». Il s’agit plutôt de rendre le monde visible, dans ce cas le révéler comme susceptible de changements, donc transformable. L’écriture de Steinbeck se focalise aussi sur des périodes bien déterminées, c’est pourquoi il associe son expérience formelle aux données socio-économiques et politiques tumultueuses de cette époque. De là, les contenances et les formes de représentation adoptées par la fiction romanesque de l’époque entrent dans une mutation. C’est ainsi qu’une forme de politisation de l’écrivain qui, soucieux de la nature et du fonctionnement des sociétés humaines, est mis plus en avant.

Notre perspective critique s’incruste dans cette bivalence, voire ce paradoxe, qui est celui d'articuler deux concepts antithétiques, autrement dit, la politique et l’esthétique. Néanmoins, cette combinaison n’est pas fortuite car Steinbeck a su jumeler sa prise de position dans une forme esthétique minutieusement construite et qui constitue précisément l’objet de notre projet d’étude. Cette étude qui se centralise sur l’œuvre de Steinbeck en général permet de démontrer à travers une analyse à la fois structurelle et thématique que l’auteur n’est pas seulement engagé politiquement. En effet son plaidoyer en faveur des valeurs fondamentales pour l'amélioration de la vie humaine constitue une forme esthétique qui fournit la force et la direction de son travail. Par conséquent, la vertu politique propre de la littérature ne réside pas dans l’histoire racontée, ni dans le propos converti de l’auteur, mais dans l’apprentissage de la beauté, y compris par l’épreuve et la souffrance, et, en même temps, la découverte d’une parcelle de vérité, c’est-à-dire dans une mise à distance, pour un temps, de la futilité du monde. Cela suppose qu'il n'y a pas à se demander si l’écrivain doit faire de la politique ou se consacrer plutôt à la pureté de son art, mais que cette pureté même a à voir avec la politique. On pourrait dire qu'il y a un lien essentiel entre la politique comme forme spécifique de la pratique collective et la littérature comme pratique définie de l'art d'écrire. A partir de là, nous analyserons la pertinence sociale de l'art pour élucider les manifestations de l’accointance de l’auteur avec les opprimés dans ses œuvres, tout en attirant l'attention sur la relation nécessaire entre la réalité sociale américaine et le texte littéraire pour enfin en établir aussi le lien et l'interpénétration entre le contenu et les formes esthétiques.

Certes, il faut éviter de prendre pour acquis les interprétations faites par les auteurs sur leurs ouvrages et privilégier le texte lui-même. Mais le récit romanesque de Steinbeck procède d’une construction, d’un travail de mise en ordre et de mise ensemble des événements réels ou fictifs racontés. La particularité de la plupart de ses romans réside dans leur organisation structurelle qui associe la forme au fond, se rapprochant ainsi de la réflexion de Mikhaïl Bakhtine: « la forme artistique, c’est la forme d’un contenu, mais entièrement réalisée dans le matériau, comme soudée à lui[2]». L’objet de cette étude est de montrer qu’il y a une relation de co-construction permanente entre le fond et la forme dont l’analyse permet une meilleure lecture et compréhension du rapport entre la politique et l’esthétique dans l’œuvre de Steinbeck en général.

 

[1] Frey Daniel, Brecht un poète politique, Lausanne, Edition l'Age d'homme, 1987, p.17

[2] Bakhtine, Mikhail, Esthétique et théorie du roman, 1975, trad. Fr. D. Olivier, Paris, Gallimard, 1978, 198.

 

 

 

[1] Frey Daniel, Brecht un poète politique, Lausanne, Edition l'Age d'homme, 1987, p.17

[2] Bakhtine, Mikhail, Esthétique et théorie du roman, 1975, trad. Fr. D. Olivier, Paris, Gallimard, 1978, 198.

 

 

 


 

Activités

 

« Le mythe comme forme de construction et d‘interprétation chez Steinbeck » (Atelier « Mythe et Culture »12 mars 2014/ Université le Mans)

 

« L’écriture chez Steinbeck comme une traversée cathartique » ( 16 Mai 2014 / 54 éme Congrès de la SAES à Caen, Thème « Taversées/Crossing », Ateliers 18 « Ecriture & Psychanalyse »).

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« L’errance ou le cadre d’une quête poétique : l’impossible utopie de la route chez Steinbeck » (27-30 Mai 2015 / Doctoriales de l’AFEA à la Rochelle, Théme Mouvement, enracinement, fixité, Atelier « Vagabonds et vagabondage de la littérature américaine »).

 

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Unécrivain engagé :entre idéologie et singularité chez Steinbeck ( 4-6 Juin 2015/ 55 éme Congrès de la SAES à Toulon, Thème « l’engagement / commitment », Atelier « Ecriture & Psychanalyse »).

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