GÉBERT Angélique

 

 

THÈSE : Mémoire au féminin : souvenirs comparés des dictatures espagnole et argentine dans le roman contemporain

 

Début en octobre 2013

 

Sous la direction de Roselyne MOGIN-MARTIN et Erich FISBACH

 

L’Histoire de l’Espagne et de l’Argentine, au cours du 20ème siècle, est marquée par des bouleversements politiques et sociologiques qui, malgré leurs différences, ont en commun d’avoir laissé dans la mémoire collective des souvenirs douloureux. En 1936 éclate en Espagne une lutte fratricide entre républicains et nationalistes. Cette lutte s’achève trois ans plus tard par la victoire de ces derniers, et d’un homme en particulier, Franco, qui assoit dès lors son pouvoir dictatorial sur la répression des vaincus. Des milliers d’Espagnols prennent le chemin de l’exil, en Europe ou en Amérique Latine. L’Argentine vit une situation économique prospère et se convertit en terre d’accueil. Mais, pratiquement 40 ans plus tard, au moment où l’Espagne s’ouvre à un processus démocratique après la mort du dictateur, l’Argentine elle entre dans une de ses périodes historiques les plus sombres. Un coup d’état militaire le 24 mars 1976 met fin à la présidence d’Isabel Perón, et signe le début d’une politique systématique de la torture et des disparitions.

Les militaires argentins laissent le pouvoir en 1983, non sans avoir auparavant promulgué une loi d’amnistie générale afin d’empêcher tout jugement postérieur. Mais la violence des exactions commises pousse les Argentins à rejeter toute forme d’oubli, à rechercher la vérité et à revendiquer une mise en lumière des responsabilités. Leurs luttes éveillent de profonds échos dans la société espagnole : la génération qui a subi la guerre civile a dû se taire, et elle n’a bien souvent transmis à ses enfants que la peur et l’ignorance. En revanche, la génération des petits-enfants a grandi dans une Espagne libre et démocratique, mais sans mémoire. Elle est en recherche d’une identité qui passe par la reconstruction d’une Histoire douloureuse. Ces deux pays sont donc inscrits dans un processus de récupération du devoir de mémoire.

 

Ce processus trouve sa pleine expression dans la littérature contemporaine, et dans sa forme la plus populaire, le roman. En effet, le roman est le terrain propice à la réflexion entre le(s) réel(s) et sa (ses) représentation(s). Il interroge à la fois le signifié et la façon dont ce signifié est dévoilé, puisqu’il oblige le lecteur à s’approprier des souvenirs autres, transmis par la fiction et par le prisme d’une subjectivité, ce qui demande nécessairement un recul critique. Ce va-et-vient perpétuel, quelques fois antagonique, entre différents espaces, temporels, géographiques, permet une analyse riche et plurielle.

C’est une forme qui est donc privilégiée depuis la fin du 20ème siècle par ceux qui revisitent la mémoire des dictatures, aussi bien en Argentine, c’est-à-dire par les survivants, leurs enfants et petits-enfants, qu’en Espagne, par une génération beaucoup plus récente. Aux liens culturels forts préexistants entre ces deux pays s’ajoute donc une notion existentielle et ontologique, qui ouvre la voie à une création littéraire basée sur des échos et une inspiration mutuelle.

 


 

Activités

 

- « Lengua madre, de María Teresa Andruetto : la fiction, un espace de (re)contruction ». Conférence non-publiée (journée d’étude du 18 avril 2014, « Littérature et témoignages : la mémoire des dictatures du Cône Sud », organisée par le 3L.AM).