THÈSE : LES ENFANTS DE NAZIS SUIVISTES : COMMENT SE SONT-ILS INTEGRES EN RFA (1945-2015)

 

Début en septembre 2015

 

Sous la direction de Gwenola SEBAUX

 

Les Nazis suivistes désignent des personnes ayant adhéré à l’idéologie nationale-socialiste d’Hitler pour se conformer au mouvement politique dominant de l’époque mais sans prendre d’initiatives. Ce terme s’oppose aux grands dignitaires nazis qui ont joué un rôle de leader.

Les enfants de Nazis suivistes ont évolué dans le contexte de la dénazification et de la « Vergangenheitspolitik ». Dans les années 40-50, le processus de dénazification a été mené par les Alliés, notamment avec les procès de Nuremberg. Mais en Allemagne, il a été vécu comme étant celui des vainqueurs. Tout au long des années 50, les questions concernant le jugement des crimes nazis ont été mises de côté. La situation a commencé à évoluer à la fin des années 50, avec la création en 1958 de l’office central d’enquête sur les crimes du nazisme à Ludwigsbourg. Puis émergea dans les années 60 un certain esprit critique de la part de la jeune génération à l’égard de leurs parents.
Les enfants de Nazis ont également grandi dans le contexte de la « Vergangenheitspolitik », cette « politique du passé » mise en oeuvre dans les premières années d’existence de la R.F.A. Elle correspond à l’attitude et aux prises de décision de la nouvelle classe politique ouest-allemande qui se trouve brusquement confrontée, à partir de 1949, à la difficile gestion des héritages du passé: pour le chancelier Adenauer et plus généralement pour l’ensemble des responsables politiques, l’une des priorités est en effet de consolider le nouveau régime démocratique. À partir de 1949 et cinq années durant, le gouvernement Adenauer met en oeuvre une « politique du passé » visant à réintégrer dans la société allemande comme des citoyens de plein droit la plupart des victimes de l’épuration et de la justice alliée, à l’exception des criminels les plus avérés.

Dans cette société ouest-allemande dont la priorité est plutôt de reléguer au second plan son passé nazi au profit de la reconstruction, quelle place les enfants de Nazis ont-ils pu trouver dans cette société? Se sont-ils frayés un chemin au sein d’une RFA florissante économiquement, mais qui choisit de mettre l’histoire du IIIe Reich en sourdine?

Il est probable que la première génération de descendants ait réussi à bien s’intégrer en RFA, tant sur le plan culturel et économique que psychologique. Elle assume aisément l’histoire des parents avec laquelle elle vit en paix au sein de la famille et de la société. D’autres, en revanche, ont certainement dû rencontrer des difficultés d’intégration et éprouver le sentiment d’être différents des autres que ce soit à l’école, sur le lieu de travail, voire même au sein de leur propre famille. Ils vivent leur héritage familial comme un secret de famille, un tabou. De ce fait, ils ne font guère état de ce lourd fardeau à leur entourage. L’intégration dans la société s’en trouve partiellement ou radicalement freinée. Enfin, des documentaires de journalistes et des ouvrages présentent souvent une troisième catégorie de descendants qui vivent un véritable conflit intérieur avec leur identité allemande et décident de quitter l’Allemagne ou de changer de confession (conversion au judaïsme, par exemple). On peut supposer que ces personnes souhaitent se rapprocher géographiquement ou psychologiquement des anciennes victimes juives de l’holocauste.

Ma méthode d’investigation reposera essentiellement sur la conduite d’entretiens individuels d’enfants de Nazis suivistes ou de personnes ayant côtoyé ces héritiers. Je m’appuierai sur la méthode biographique et la méthode du « récit de vie », redécouverte dans les années 70 par le sociologue Daniel Bertaux.