VIDAMENT Fleur (FLEUR.VIDAMENT @ GMAIL.COM)

 

THÈSE : Féminité et enfermement dans les romans d'Anita Brookner

 

Début en octobre 2011

 

Sous la direction de Anne-Laure Fortin-Tournès

 

Le but de mon travail est de proposer pour la première fois une analyse détaillée de l'ensemble du corpus fictionnel d'Anita Brookner dans lequel je mettrai en évidence la construction d’une vision de la femme comme « Autre » enfermée dans un univers déshumanisé où les processus de communication sont rompus. J'entends montrer comment Brookner, en construisant de manière quasi-caricaturale la différence sexuelle comme irréductible, par le biais de la figure de l’enfermement, présente à ses lecteurs un tableau ironique de la société dans laquelle l’incompatibilité aussi bien physique que psychologique entre les sexes empêche toute réunification. Par l'étude des romans de la romancière, je serai en mesure de montrer que, contrairement à ce qui a été maintes fois souligné par les critiques, les romans d’Anita Brookner sont empreints d'une véritable dynamique dans leur représentation de la femme et de la féminité. Le discours Brooknerien sur la femme se caractérise en effet par une évolution, à travers le panel de personnages féminins qu’il propose. Je m'interroge donc sur ce que révèle cette multiplicité d'héroïnes offertes par Brookner au fur et à mesure de ses écrits.

Je développe ainsi l'idée d'une véritable barrière émotionnelle empêchant les héroïnes de comprendre les protagonistes masculins, et les prenant au piège de leur féminité en pré-construisant leur mode de vie pour perpétuer leur infantilisation par une société à dominante patriarcale. Je m'interroge sur l'image de la société produite par ce discours fictionnel sur la manipulation de la féminité et sur les possibilités d'action qui s'ouvrent aux personnages féminins dans ces conditions. Il me conviendra de montrer, in fine, dans quelle mesure la femme joue un rôle actif dans sa soumission et son conditionnement.

Brookner développe l'idée d'une culture féminine en crise dans ses livres. Ses héroïnes souffrent d'un malaise identitaire dans une société où le sexe féminin reste le sexe faible. L'univers familial est un lieu de conflit, non seulement dans le couple, mais au delà, entre mères et enfants et plus particulièrement entre mères et filles. La famille offre une vision non pacifiée des relations intersubjectives genrées, le microcosme familial renvoyant finalement au macrocosme sociétal. De plus, lorsque les romans de Brookner mettent en scène des femmes écrivains, leurs œuvres sont toujours dépréciées. Les héroïnes doivent non seulement faire face à la désapprobation de leurs proches mais également à un manque de reconnaissance sociale, d'autant plus que les auteures dépeintes n'arrivent pas à produire des oeuvres d'ampleur. En ce sens, quelle image de la femme, et notamment de la femme écrivain, Brookner souhaite-t-elle communiquer, et dans quel but ? Il me paraît important de m’interroger sur le lien entre discours féminin et création.

Dans cette perspective, la structure et le langage spécifiques des romans de Brookner seront tout particulièrement analysés afin de poser la question de l'existence d'une écriture féminine. Je m'appuierai sur un corpus critique féministe et féminin dans le but d'appréhender l'écriture d'Anita Brookner comme discours du féminin sur le féminin. Il s'agirait dans ce cas précis d'une écriture qui non seulement émanerait d'une femme, mais qui porterait également la trace du féminin, conçue non plus comme réaction sociale, économique, politique ou sexuelle, mais comme lieu d’échange sémiotique. Il est intéressant ici de se poser la question d'une « dimension créatrice » - pour reprendre l'idiome lacanien - de l'écrit féminin, et d'étudier si ce nouveau langage féminin change les règles établies par les hommes. Je compte donc également me pencher sur la réception à la fois masculine et féminine de ce langage du féminin sur le féminin, et sur les effets produits par la mise en scène brooknerienne d’héroïnes passives, voire médiocres, qui semblent prendre le contre pied des discours féministes, et qui par là-même poussent le lecteur ou la lectrice à réagir face à l'absurdité de la condition de la femme telle qu’elle est dépeinte.

Une partie de mon travail est dédiée à la manière dont les lieux dans les romans de Brookner sont éminemment symboliques et renvoient aux structures psychiques des personnages féminins et à leurs conditions d'enfermement. En me basant notamment sur le concept d’hétérotopie développé par Michel Foucault, je m'intéresse au lien unissant le texte et l'image de l’espace en soulevant l’hypothèse d'une construction identitaire féminine par le biais du lieu et de l'environnement socio-culturel.

 


 

Activités

Communications

 

Mai 2014 : « Heroines and Rivals :Conformity and Dissent in the Novels of Anita Brookner ». Colloque : Conformity and Dissent SLC Colloquium, à l'Université de Sheffield.

 

Février 2014 : « Une représentation brooknérienne de la France ». Séminaires internationaux : French Research and Culture Seminars, à l'Université de Sheffield.

 

Décembre 2012 : « Le féminin dans les romans d'Anita Brookner ». Journée d'études « Nouvelles recherches autour du genre », à l'Université d'Angers.

 

Mars 2014 et février 2012 : Journées doctorales : présentation des travaux de thèse en cours à l'Université du Maine.

 

 

Publications

 

Fleur Vidament : « Le féminin dans les romans d'Anita Brookner », Revue TraverSCE, n°13, octobre 2013, p. 52-61. http://www.traversce.fr/items/show/72