ANR Réseau de Recherches

ANR P-RECICH  « Lire en Europe: pratiques contemporaines de lecture dans une perspective comparatiste et historique »

 

Avec la révolution numérique, nous assistons à une transformation simultanée des modes de production, de distribution et d’appropriation des textes. La lecture reste une clé de formation, d’enrichissement culturel et de loisir mais des enquêtes montrent que les lecteurs lisent moins d’imprimés, qu’un fossé se creuse entre des "digital natifs” aux capacités de lecture critique et d’attention limitées, et des lecteurs experts combinant compétences traditionnelles et numériques.

 

Ces transformations affectent la littératie; elles ont aussi des retombées politiques et économiques et conduisent à des divisions sociales. Des mesures doivent être prises pour assurer l’accès des défavorisés à la culture écrite et une égale participation aux pratiques éducatives comme à d’autres formes d’engagement  civique. A quel point cette révolution numérique affecte-t-elle les identités culturelles?  Et quelles possibilités nouvelles offre-t-elle aux non-lecteurs, handicapés ou marginalisés?

 

Peu d’études sont consacrées à l’impact de la révolution numérique sur la lecture et encore moins à l’échelle européenne : pourtant, lire est un outil de réflexion critique  profondément enraciné en Europe et indissociable d’une conscience citoyenne. L’Europe jouit également d’un prestige considérable grâce à la puissance de ses industries éditoriales, à ses langues, oeuvres littéraires ou auteurs de renommée mondiale: pourtant Gouvernements, institutions et industries culturelles prennent des décisions sur la base d’une connaissance encore ténue de Qui lit Quoi? Comment et Pourquoi?

 

L’histoire de la culture imprimée en Europe et, depuis les années 90, l’intérêt pour la lecture ont donné lieu à des ouvrages importants. Les goûts des lecteurs ordinaires au Royaume-Uni et depuis peu aux Pays-Bas sont recensés dans de précieuses “Reading Experience Databases”. Mais ces travaux en restent à une perspective strictement nationale et mono disciplinaire. Par comparaison à la révolution technologique de Gutenberg ou à la “Révolution de la Lecture” du 18e siècle, la révolution numérique d’aujourd’hui est également si complexe et multi-facettes qu’elle requiert une nouvelle approche à la fois comparatiste, pluri et interdisciplinaire.

 

 

Le réseau de recherches P-RECIHC abordera ces enjeux à travers une étude de faisabilité de 24 mois en vue d’une réponse à Appel à Projets Européen dans le cadre d’Horizon 2020. Il a pour objectif de construire un cadre commun théorique et méthodologique d’étude et d’aborder les pratiques contemporaines de lecture dans une perspective comparatiste et historique. Quatre groupes thématiques de travail exploreront la diversité des expériences, industries et politiques de lecture en Europe, pour en situer les temps forts au plan national comme transnational. Ils évalueront la façon dont les nouveaux outils et supports de lectures (livres-audios, e-books, tablettes) inspirent de nouvelles stratégies commerciales et créent de nouvelles expériences pour les lecteurs, confrontés à des textes en version et formats multiples. Un groupe supplémentaire de soutien technologique concevra l’architecture numérique d’une innovante Base de Données des Expériences de Lecture en Europe (Eu-RED).

 

A travers des actions de réseau (rencontres et ateliers, courtes missions scientifiques, échantillons d’enquêtes-témoins), et de diffusion de l’information scientifique (auprès  de professionnels de l’édition, de l’éducation et du grand public), P-RECICH contribuera à la visibilité de la recherche française dans le domaine du livre et de la lecture, attestera sa capacité à fédérer et animer un réseau international et interdisciplinaire d’experts de haut niveau, et préfigurera les retombées potentielles, académiques et sociétales, d’un projet ultérieur de recherche destiné à mesurer,  par la biais de la lecture, l’identité européenne et son aptitude à assurer des sociétés inclusives et adaptatives à l’ère du numérique.

 

 

 

P-RECICH- Reading Europe: Contemporary Issues in Comparative and Historical Perspectives

 

Brigitte Ouvry-Vial, professeur en lettres à l’Université du Maine, 3L.AM.

 

The digital “revolution” has radically transformed reading. We are witnessing today simultaneous transformations and mutations in the ways that texts are produced, distributed and experienced by readers. Reading remains key to educational attainment, cultural enrichment and leisure, yet public reports show that information and communication technologies challenge traditional reading and learning habits: people read less printed material, a gap emerges between digital natives with limited attention spans or critical reading-skills, and expert readers combining traditional and digital reading.

These developments have important consequences for literacy and access to culture raising political and economic questions and leading to social divisions. Questions of access for marginalized groups must be identified, and strategies designed to ensure equal participation in educational and leisure reading activities and other forms of civic engagement.

Until now little has been done to investigate the full impact of the digital revolution on reading and nothing at a European scale: yet, reading is an essential tool for critical thinking deeply rooted in European cultures and crucial to fostering its informed citizenries. Europe also wields immense cultural influence through the international stature of its publishing industry and the global reach of many European languages, books and authors, but Governments, cultural institutions and industries make decisions based on insufficient evidence of Who is reading What and How? How does this revolution affect Europe’s cultural identities? Which new possibilities does it offer to non-readers, disempowered or disabled people?

The scholarship devoted to the history of past print culture in Europe is vast, and interest in reading practices has led to important studies in the nineties. The habits and tastes of ordinary readers have also been explored through “Reading Experience” databases in the UK and the Netherlands. Yet, the history of print culture tends to be addressed on a national level and from a single disciplinary perspective. Besides, compared to Gutenberg’s technological revolution of the 15th century or to the “reading revolution” of the 18th century, today’s digital revolution is so multi-faceted that it requires a new comparative and interdisciplinary approach.

The European network of leading experts in the field of Reading studies involved in the Action P-RECICH will address these challenges through a 24 months feasibility study that will prepare a grant proposal to a Horizon 2020 European research program.

In view of this, our scientific program is designed to evaluate the main factors impacting current reading practices, learning processes and social awareness in Europe. Four thematic working groups will take a comparative approach to the diversity of European reading experiences, industries and policies in order to identify landmarks in reading history, not only at a national level, but also across borders. They will sketch out how new devices (audiobooks, e-books, tablets,) are inspiring new commercial strategies and creating new experiences for readers, who are confronted with texts in multiple versions and formats. An additional technical support group will draw the outline of an innovative European Reading Experience Database (EU-RED).

Networking activities such as general meetings, short-term scientific missions and survey samples will help nurture a theoretical framework of approach and disseminate information to professionals in publishing and education, policy makers, and the general public.

P-RECICH will increase the visibility of French research in the field of Book studies, showcase its ability to build a much needed high level international and interdisciplinary network and outline the potential academic and social benefits of a future research program contributing to more widespread understanding of Europe’s identity and of its ability to ensure cohesive societies in the digital age.