EcoLitt

(Janvier 2014 - décembre 2016)

Nathalie Prince,Professeur en lettres à l’Université du Maine, 3LAM.

 

http://ecolitt.univ-angers.fr/fr/index.html

Le projet EcoLitt, lancé en janvier 2014, a obtenu un financement de la région des Pays de la Loire pendant trois ans dans la catégorie des « paris scientifiques régionaux ». Porté par le Centre d’Études et de Recherches sur Imaginaire, Écriture, Culture (CERIEC) à l’université d’Angers, EcoLitt associe deux laboratoires, en particulier dans les universités de Nantes et du Maine, L’AMo (L’Antique, le Moderne) à Nantes et le 3L.AM (Langues, Littératures, Linguistiques) au Mans. Par une mutualisation des compétences des chercheurs comparatistes de différentes spécialités linguistiques et littéraires, EcoLitt vise à étayer la recherche dans le domaine encore méconnu en France de l’écocritique et de l’analyse des rapports entre la littérature et les préoccupations environnementales.

L’ambition du projet est de faire progresser la recherche, par un travail transdisciplinaire régional, sur des problématiques littéraires encore peu reconnues en France.  

Responsable du projet à l’Université d’Angers : Anne-Rachel Hermetet (anne-rachel.hermetet @ univ-angers.fr)

Pilote du projet à l’Université du Maine : Nathalie Prince (nathalie.prince @ univ-lemans.fr)

Postdoctorant à l’Université du Maine : Sébastian Thiltges (ecolije@gmail.com)

Pilote du projet à l’Université de Nantes : Philippe Postel (philippe.postel @ univ-nantes.fr)

Coordination administrative et webmestre : Blandine Charrier (blandine.charrier @ univ-angers.fr)

 

ECOLIJE

 

L’écologie dans la littérature de jeunesse

Nathalie Prince, Professeur en lettres à l’Université du Maine, 3L.AM.

 

Dans le cadre du projet EcoLitt, le 3L.AM cherche tout particulièrement à réfléchir sur l’axe « Ecologie et littérature pour la jeunesse » (ECOLIJE).

L’incessante activité industrielle de l’être humain met en danger la nature. Le bouleversement des écosystèmes avance à grands pas et le changement climatique devient de plus en plus perceptible. Face à la nécessite d’une prise de conscience et d’actions écologiques, la littérature de jeunesse abordant des problématiques environnementales se limite-t-elle néanmoins à prendre en charge la responsabilité de former de futurs citoyens écolos ?

 

L’écologie et la littérature de jeunesse

Quand elle encourage l’enfant à sermonner ses parents qui rechignent au tri et au recyclage des déchets, l’écolittérature ne se contente pas de responsabiliser un adulte futur, mais elle accorde une mission primordiale à l’enfant dans la préservation de l’environnement et de la nature.

Les œuvres à destination de la jeunesse développent des stratégies diverses, pas toujours innovantes, dans le but de sensibiliser leur public à des problèmes environnementaux. De nombreux livres soulignent ainsi l’importance d’actions dans l’environnement immédiat alors que d’autres cherchent à enseigner la complexité des écosystèmes à échelle globale. Certains textes, en évoquant des catastrophes et des destructions inévitables, veulent même raisonner l’enfant en faisant peur, déployant ainsi une éminence grise plus qu’une conscience verte au-dessus de leurs lecteurs.

Malgré l’actualité de la problématique écologiste et l’aspect moral apparemment incontestable de toute action en faveur de la nature, se pose donc un problème éthique lié à l’aspect didactique, mais également à la fonction légitimatrice, voire mercantile, de toute oeuvre à thématique et à enjeu écologiques. La rencontre entre écologie et littérature de jeunesse se résume-t-elle alors à l’association d’une pensée simpliste pour une littérature simplette ou existe-t-il un rapport plus profond entre écologie et écriture, particulièrement quand elles s’adressent à de jeunes lecteurs ?

Face à ces interrogations, le rôle de la fiction et de la création poétique dans les textes pour la jeunesse n’est pas uniquement de fleurir un discours pédagogique pour faire avaler la pilule verte. Cette littérature fait le pari de sensibiliser en racontant des histoires qu’elle considère comme autant d’invitations à relire et à (re)penser le monde. Pour le jeune lecteur-voyageur, la question véritable ne serait pas tant de se rapprocher de la nature, de retrouver le monde, que de fuir les hommes et les adultes. Quelle(s) leçon(s) transmet alors la littérature de jeunesse ?

 

Les recherches « écolije »

Un axe du projet « EcoLitt » se propose d’inscrire la littérature de jeunesse dans une problématique et une thématique modernes. Les recherches comparatistes permettront de constituer un corpus européen non anglo-saxon en analysant prioritairement les littératures française, espagnole et allemande. Hormis les questions philosophiques abordées ci-contre, le groupe de travail s’engagera dans deux directions :

Premièrement, une dimension historique visera à souligner l’évolution de la question pour étudier les rapports entre littérature de jeunesse et écologie, pour ainsi mettre au jour la singularité du discours environnementaliste dans la littérature de jeunesse. Un regard rétrospectif sur l’histoire littéraire de l’écologie permettra d’étudier comment les genres émergents (écofictions, science-fiction) puisent dans la tradition des bestiaires, des fables, des contes merveilleux et autres robinsonnades, mais également dans l’héritage de Rousseau et des romantiques.

Deuxièmement, une perspective esthétique permettra de saisir les mécanismes de la littérature de jeunesse, qui est une littérature expérimentale, audacieuse, capable d’innover constamment en matière de support, en matière de formes, et en prise immédiate avec l’actualité. L’écologisme importé dans la littérature de jeunesse engage un certain nombre de procédés littéraires originaux, de thèmes variés et de points de vue singuliers.

Dans cet objectif, certaines contributions pourront se resserrer sur un « éco-motif » particulier, par un effet de loupe (une fleur, un arbre, un insecte) ou dans un mouvement plus vaste (le lac, la forêt, la montagne, la mer), ou sur un « éco-thème » : les marées noires, la déforestation, le changement de climat, les espèces en voie de disparition, etc. Plus largement encore, il sera fructueux d’interroger certaines répétions esthétiques et narratives des écritures pour la jeunesse et leur rencontre avec l’intérêt moderne pour le naturel en soi.