FAMAH (La fabrique de la mémoire : entre art et histoire)

Renaud Bouchet, maître de conférences en histoire à l’Université du Maine, CERHIO,

Hélène Lecossois,maître de conférences en études anglophones à l’Université du Maine, 3L.AM,

Delphine Letort, maître de conférences en études anglophones à l’Université du Maine, 3L.AM,

Stéphane Tison, maître de conférences en histoire à l’Université du Maine, CERHIO.

 

Objectifs

Les travaux des chercheurs associés à ce projet s'intéressent tous à la construction de la mémoire, mais leurs recherches portent sur des objets distincts (archives, arts, théâtres, cinéma, etc.) produits dans des contextes culturels différents (France, Irlande, Espagne, Etats-Unis, etc.).


Les travaux menés dans le cadre du projet distingueront les oeuvres artistiques des pratiques commémoratives, pour interroger les discours mémoriels véhiculés non seulement par les arts, mais également par les institutions (ex : musées, célébrations publiques) ou par les travaux académiques (historiens).


Les événements historiques font l'objet d'appropriations et de réappropriations, qui témoignent de l'évolution des rapports sociaux ou politiques. Notre travail envisagera les enjeux culturels, politiques et sociaux, des processus mémoriels en tant que sources de conflits et d'échanges, de résistance et d'opposition, de négociation, de conciliation et de réconciliation.

3 axes complémentaires sont ainsi proposés :

1.Les représentations de la guerre :

Les guerres feront l'objet d'un traitement spécifique dans notre projet dans la mesure où elles cristallisent des tensions idéologiques spécifiques. Si les commémorations institutionnelles favorisent l'adhésion au discours patriotique, les arts s'enrichissent des artefacts (archives, témoignages, photographies) qui donnent à voir les souvenirs et les traumatismes des conflits. La guerre peut également fournir à l'artiste le sujet, la matière ou la technique d'une représentation esthétique, dont on interrogera les conventions pour mieux saisir les fantasmes ou les projections inspirés par un conflit. Notre champ d'étude pourra inclure les expériences artistiques optant pour d'autres formes de témoignage, et notamment pour la restitution des aspects « civils » de la guerre, comme les « loisirs » du soldat - jeux, musique et théâtre aux armées, prostitution, pratiques photographiques, etc.

2. Mémoires vernaculaires :

Cet axe du projet se propose d'interroger les conditions d'émergence et de transmission de phénomènes mémoriels en dehors des cadres pratiques et lieux de commémoration institutionnels. Il s'intéressera aux formes alternatives de mémorialisation, aux pratiques mémorielles souvent non documentées et aux rapports qu'elles entretiennent avec l'archive, que Derrida nous invite à penser comme un lieu d'autorité et d'appropriation violente. Comment les arts, visuels et vivants en particulier, s'emparent-ils de ces mémoires vernaculaires nécessairement multiples et souvent perçues comme subalternes et en quoi contribuent-ils à leur persistance et à leur transmission ? En quoi des pratiques artistiques, par essence aussi évanescentes que la performance ou le théâtre, participent-elles à la conservation et à la transmission de certaines mémoires non consignées par écrit ? Constituent-elles potentiellement une alternative à l'archive ? Les arts de la musique et de l'image peuvent véhiculer une contre-histoire qui révèle la distance entre mémoires vernaculaires et mémoire institutionnelle, traces d'une interprétation idéologique du passé dont on évaluera l'influence sur les discours mémoriels.

3. Effacement et rémanences de la mémoire :

Si le temps de l'élaboration mémorielle a suscité de nombreux travaux, notamment pour les mémoires officielles, la question de la disparition, de l'effacement progressif d'une mémoire constitue un angle d'approche peu étudié par les historiens. Cet axe interrogera le rôle que peuvent jouer les pratiques artistiques dans l'effacement de la mémoire ou au contraire dans ses rémanences, ainsi que le pouvoir des institutions à préserver ou non cette mémoire. A quel moment peut-on considérer qu'une société a oublié une expérience collective majeure ? La question de l'oubli alimente des craintes, qui conduisent à l'effort de mémoire dont Pierre Nora a souligné le souci archivistique. Entre mémoire collective et mémoires individuelles se creuse parfois un écart qui atteste l'effacement des traces d'une Histoire. Nous souhaitons engager la réflexion sur cet espace de l'entre-deux, où se dessinent des conflits de mémoire.